L’invitation était alléchante. Une compagnie théâtrale qui adapte le discours que Barack Obama a prononcé à Philadelphie le 18 mars 2008, ce fameux discours sur les tensions raciales, le tout traduit dans la langue de la loi 101 en plus! J’étais probablement déjà conquise par l’idée avant même de voir le résultat final à l’Espace Libre. Heureusement, mes attentes ont été plus que comblées.
Pour la petite histoire et notre faculté qui oublie, le réseau ABC a diffusé en mars 2008 des extraits d’un discours de l’ancien pasteur de Barack Obama, Jeremiah Wright, alors qu’il tenait des propos offensants sur les attentats du 11 septembre 2001. Une tempête médiatique sans issue se dessinant devant lui, Barack Obama se réfugie à Chicago pendant 5 jours avant de prononcer ce discours qu’il aurait écrit au cours de deux nuits blanches. Rest is history. Et maintenant, rest is dramaturgie.
Le metteur en scène José Pliya a eu l’idée de faire lire ce discours d’une quarantaine de minutes par un acteur, le transformant du coup en un acte théâtral. Outre la puissance du texte, la principale force De la race en Amérique, c’est qu’on ne tente à aucun moment d’imiter Barack Obama ni même de s’inspirer de son débit si caractéristique. Le texte est lu avec une sobriété exemplaire. La narration nous permet simplement de s’attarder à l’intelligence du propos, sans flafla ni projection 3D à l’arrière, ni musique à la roi lion (*toutes allusions à la vidéo du Plan Nord n’est que fortuite!).
On se retrouve donc face à ce discours qui trace le portrait des tensions raciales, qui prend le temps d’expliquer la colère ressentie par la communauté noire et le ressentiment des blancs qui ne sont pas responsables de l’esclavage qui a eu lieu antérieurement. Au passage, il est question de la grand-mère blanche de Barack Obama qui a déjà tenu des propos xénophobes devant lui. Tout ça dans une logique implacable, tel un avocat qui tente de faire la présentation de toutes les pièces à conviction dans un procès devant jury. Essayer de résumer ce discours est d’ailleurs un excercice périlleux que j’arrête ici.
Après la présentation De la race en Amérique, les spectateurs échangent avec le comédien Éric Delor sur le contenu du texte, mais aussi sur la résonnance qu’il a hors des États-Unis. Comme la pièce a été présentée autant au Bénin qu’en France, vous imaginez bien que la réception du texte est différente d’une nation à l’autre. Lors de la présentation à laquelle j’ai assisté, certains ont suggéré que la tension raciale pourrait ici être remplacée par la tension linguistique. D’autres ont fait le parrallèle entre l’esclavage des noirs et la situation des première nations au Québec.
Personnellement, ce que je retiens de ce discours, c’est le triomphe de la pédagogie sur la démagogie. Le respect de l’intelligence de l’auditeur. J’admire le fait que Barack Obama ait confiance en la capacité de réfléchir de son auditoire.
Le Président des États-Unis demeure malgré tout un politicien, très habile, qui avait un objectif précis en écrivant ce discours. Mais cet «opportunisme» ne me dérange pas. Je n’attends pas un messie, juste un politicien qui respecte assez son auditoire pour oser lui parler de sujets chauds, plutôt que de les esquiver (toutes allusions à Stephen Harper n’est que fortuite).
Quant à la survie de ce texte via le théâtre, je lève mon chapeau à la compagnie La Caravelle DPI et j’espère qu’il y aura des supplémentaires. Parce qu’il ne reste plus que 4 représentations jusqu’à samedi!
———-
Je me demande si le même genre d’exercice pourrait être fait avec d’autres discours importants. Par exemple, est-ce qu’un texte de René Lévesque pourrait ainsi être repris? Je trouve qu’il y a là un filon de théâtre documentaire très intéressant.



Laisser un commentaire
Flux de commentaires pour cet article